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Oct 11

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Un pâté chinois insipide

CC LokoN Only One

Je vous parlais donc, mardi dernier, du temps panoramique. Je l’appelle ainsi parce qu’il permet de voir en 360 degrés alors que le temps linéaire, avec sa manie d’aligner les activités, a plutôt tendance à nous faire marcher dans un étroit corridor.

Je vous disais que le temps panoramique est une preuve — il en existe d’autres, nous y reviendrons — que le temps est multiple et généreux. Remarquez, je n’ai jamais dit qu’il était parfait. Et pour cause: ce temps panoramique, vécu à trop forte dose, peut  nous enlever toute conscience de vivre. C’est d’ailleurs cet odieux défaut qui le rend si antipathique aux adeptes de l’ici et maintenant.

Dans ma vie, le rapport au temps panoramique m’a fait m’occuper de ma fille sans écouter ce qu’elle avait à me raconter («han, han…» lui réponds-je alors); il m’a fait cuisiner un pâté chinois (steak, blé d’inde, patate) sans rien d’autre: ni oignon, ni sel, ni poivre; totalement insipide! Mais il me permet aussi, ce qui n’est pas sans charme, de faire des tâches monotones sans trop m’en apercevoir.

On nous conseille souvent de fermer la porte derrière nous — psychologiquement, s’entend — après chaque activité. Je soupçonne ceux qui nous le recommandent de nous prendre pour des machines qu’on met en marche ou qu’on débranche à volonté. Personnellement, je n’y arrive que très rarement. Et je me dis que combattre le rapport au temps panoramique sous prétexte qu’il me fait perdre de la conscience, serait comme me priver d’un bon verre de vin parce qu’il pourrait me rendre alcoolique.

Ainsi, le rapport au temps panoramique peut être anxiogène. C’est bien pour dire: en toutes choses, la modération a bien meilleur goût. Le temps panoramique me divertit de situations ennuyeuses, il multiplie mon temps de « production », mais peut diminuer dramatiquement mon temps de sommeil. Il est donc à manier avec prudence!

Mais au lieu de le rejeter, j’ai décidé de faire avec lui; de profiter des avantages et d’accepter les inconvénients. Et à l’usage, je me rend compte que, bien souvent, ce n’est pas tant la faute du temps panoramique si mon esprit s’emballe et que mes pensées accaparent tout; c’est plutôt parce que j’en ai trop pris, que je suis en train de jongler avec trop de balles.

Mais c’est une autre histoire…

Je parlerai bientôt d’autres rapports au temps qui nous ancrent dans le ici et maintenant. Ils viennent compléter de belle façon les temps linéaire et panoramique.

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  1. De l'efficacité des préjugés |

    […] Lectures complémentaires: Le temps panoramique;  Un pâté chinois insipide […]

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