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Nov 08

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Les dessous de l’histoire

 

© CLemaire

La semaine dernière, je vous ai raconté l’histoire de ce professeur philosophe qui a démontré à ses élèves comment il faut toujours mettre ses priorités en premier dans nos agendas. Cette histoire m’a toujours interpellée et j’ai voulu l’adopter comme règle de vie. Elle s’est avérée un bon guide. Mais, comme je le disais, elle a ses codes et ses symboles; elle est bâtie sur quelques croyances fondamentales qu’il faut connaître si nous voulons avoir conscience des biais qu’elle nous fait prendre et des dangers auxquels elle nous expose.

La première croyance concerne l’image de la jarre elle-même. Je l’ai qualifiée de grosse et de robuste. Elle est assez solide pour contenir les cailloux, le gravier, le sable et l’eau. Que représente-t-elle dans nos vies? Notre capacité à contenir le temps, à assumer nos horaires quotidiens. Or, bien peu de personnes ont la résistance d’une grosse jarre robuste. Nous avons peut-être l’énergie d’une chope de bière, d’un verre à vin ou de porto. Vous voyez la différence?

La deuxième croyance tourne autour du fait que cette jarre « contient encore de l’espace ». Dans cette démonstration, on prend pour acquis que tant qu’il y a encore de l’espace, nous devons y mettre des choses. Ces cailloux, ce gravier et ce sable symbolisent des « choses à faire », des projets. Comme il s’agit de la remplir à ras bord, on pourrait s’imposer de courir frénétiquement d’une activité à l’autre. Où sont donc le vide, l’air libre, en d’autres mots, l’arrêt?

La troisième croyance prend pour acquis que tout doit être dans la jarre en même temps. Pas question de laisser un peu de gravier de côté (dire non), ni de réserver un caillou pour plus tard (étaler nos objectifs). Si ça rentre, c’est OK. Il y a là de l’avidité, un manque de jugement. Le professeur n’a pas dit à l’étudiant: « Ce n’est pas vrai qu’il y a du temps pour tout faire ». Il a juste insisté sur l’ordre d’arrivée des types de cailloux dans la jarre — soit l’identification de nos priorités — si on veut être certain que ceux-là au moins sont rentrés.

Enfin, quatrième croyance, cette image est minérale, elle n’est pas vivante. Nous sommes dans une salle de classe, mais cette jarre pourrait aussi bien être dans une maison coquette ou dans un champ de blé. Dehors, ce pourrait être la canicule ou une tempête de neige. Cette jarre est imperturbable devant son environnement. Et si les matériaux qu’elle contient se tassent étroitement les uns contre les autres, ils n’interagissent pas; ils ne sont pas en relation les uns avec les autres.

C’est donc pour toutes ces raisons, que cette belle histoire ne me parle jamais autant que l’image du jardin, de l’écosystème temporel. Nous y reviendrons.

 

En complément: Viens, allons sous l’arbre ; Le temps… autrement

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