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Nov 22

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L’efficacité ou la passion du jeu

© LLudo

Dans ma maison étroite et tout en hauteur, je ne monte ni ne descend jamais un escalier sans avoir quelque chose à ranger dans les mains. Dans ma cuisine, j’aime jouer à comment j’alignerai mes gestes pour que l’action accomplie (me préparer un thé ou faire un repas) soit la plus efficace possible.

Pour moi, l’efficacité est un jeu. Quand je ne me sens pas trop bousculée par les choses à faire, je compare l’efficacité à un pas de danse ou bien à une compétition avec moi-même. Une volonté de simplifier le processus de l’action à sa plus simple expression, en éliminant tous les gestes inutiles.

On pourrait dire que le jeu de l’efficacité a été inventé par Frederick Taylor (1856-1915). C’est le père de l’organisation scientifique du travail. Cet ingénieur a prouvé qu’en éliminant d’une tâche tous les temps morts et les gestes inutiles, on arrivait à faire bondir la productivité d’une entreprise. J’espère que vous réalisez qu’il a eu à prouver pareille chose alors que nous, les gens modernes, nous y croyons sans jamais la remettre en question!

Le but de Taylor était noble: en arriver à une journée de travail équitable pour l’employé, car, arrivé à ce point, personne ne pouvait lui demander d’en faire plus. Les patrons y ont vu autre chose: arriver à baisser les coûts de production afin de stabiliser sinon accroître les profits.

Dans un monde où les propriétaires d’entreprises laissaient aux contremaîtres la supervision de la production et où ceux-ci laissaient à leurs ouvriers le soin d’organiser leur travail, les conclusions de Taylor ont créé une révolution. Le contrôle de l’action de la plupart des salariés est passé dans d’autres mains que les leurs.

Frederick Taylor a terminé sa carrière honni par les travailleurs qui n’ont pas été dupes de cette pseudo-équité faisant en sorte qu’ils ne pouvaient plus accomplir leur tâche au gré de leur corps et de leur intelligence mais en fonction d’une méthode préétablie. Déprécié par les patrons à qui il recommandait de verser la MOITIÉ des gains de productivité réalisés aux ouvriers.

On dit aujourd’hui qu’il est un pilier du management moderne et que, grâce à lui, nous sommes devenus efficaces et productifs en toutes choses. Oui, l’efficacité est un jeu qui peut être agréable à jouer.

Mais lorsque je ne suis plus capable de m’arrêter pour contempler le cardinal qui vient visiter mon jardin, lorsque j’ai un mal fou à me permettre de caresser mon chat qui vient s’étendre sur ma table de travail, lorsque j’ai du mal à m’arrêter pour écouter ma fille qui veut me raconter la dernière blague de son amie Aurélie, alors je me dis que la passion du jeu devient aussi nuisible dans ma vie que pour celui ou celle qui fréquente assidument le casino.

Car à force d’être efficace, j’en oublie alors de vivre.

 

Lectures complémentaires:  Changement de rythme, Du temps pour terminer, Comme une danse.

Lien Permanent pour cet article : http://christinelemaire.com/2011/11/22/lefficacite-ou-la-passion-du-jeu/

(2 commentaires)

  1. Stéphane Najman

    Lorsque les « hommes » veulent se prendre un peu trop pour des « machines », il y a de fortes chances qu’ils finissent par se retrouver au recyclage ! 😉

    1. Christine Lemaire

      Chez les êtres humains, le « recyclage », ça s’appelle aussi « un hôpital »!

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