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Juin 05

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Le temps de manger

CC Ian Britten

Connaissez-vous Jamie Oliver? C’est un chef anglais qui mène une croisade contre la malbouffe aux États-Unis. Cet homme n’a pas froid aux yeux et cela donne de la bonne télé réalité. Il cherche à convaincre les Américaines et les Américains de cesser de consommer de la nourriture industrielle et de se remettre à la cuisine maison.

Ses intentions sont nobles: le taux d’obésité aux États-Unis est préoccupant. Et ceci favorise une multitude de maladies importantes. Pour la première fois depuis des siècles, on y observe une diminution de l’espérance de vie.

Un des arguments de Oliver est que la préparation d’un repas ne prend pas plus de temps que de passer dans un fastfood. Dans un épisode, un père de famille part dans son véhicule utilitaire acheter le repas du soir, tandis que Jamie concocte avec ses deux fils un menu raffiné de l’entrée au dessert.

Quand le père revient, ils sont prêts à passer à table et à se régaler. CQFD*… Jusqu’à ce que le père lance à ses garçons: « Allons faire la vaisselle, maintenant! »

Faire un repas à partir des aliments de base puis le déguster en famille est une activité d’une grande valeur… et qui se perd. De fait, même au Canada, elle est en forte décroissance: lors de l’étude sur l’emploi du temps de la population canadienne**, 65 % des répondantes et des répondants ont indiqué s’être livré à la préparation d’un repas en 2010. Mais en 1998, ce chiffre s’élevait à 74%.

Dans le temps linéaire et compté, l’efficacité est LA valeur fondamentale. Il n’y a pas de temps à perdre. Or, le fait de sortir un « bœuf Wellington » du président et de le mettre au four avant d’aller faire la lessive, sera toujours plus efficace que de se concocter un filet de saumon grillé accompagné de riz brun et de légumes vapeur. Et à la fin du repas, devinez quelle cuisine sera la plus rapide à nettoyer?

Pourtant, nous savons que, sous ses grands titres gastronomiques, la bouffe préparée en usine n’aura jamais la même valeur nutritive, ni la même saveur qu’un petit plat tout simple, mais plus long à préparer. Et qu’un repas pris en commun permet d’entretenir le lien familial.

Il faudrait donc adopter un rapport au temps plus adéquat, qui permettrait de valoriser non pas notre efficacité, mais le temps employé à nous nourrir, dans le sens noble du terme. Je l’appelle le temps écosystème. C’est un temps qui ne compte pas en minutes, mais en qualité. Un temps qui ne veut rien savoir d’aller vite, mais qui met en avant le soin de soi et des autres.

Le temps écosystème, c’est le temps du corps; il a sa logique à lui et non celle de l’entreprise qui cherche par dessus tout à nous faire « gagner du temps ». Se nourrir y est donc une activité qui peut prendre sa juste place dans nos journées. C’est une activité essentielle, vitale, qu’on aura plaisir à voir se déployer.

 

* CQFD: Ce qu’il fallait démontrer.

** Statistique Canada. Enquête sociale générale 2010 / Aperçu sur l’emploi du temps des Canadiens, juillet 2011. Disponible sur le site Web de Statistique Canada.

Lien Permanent pour cet article : http://christinelemaire.com/2012/06/05/le-temps-de-manger/

(3 commentaires)

  1. Marie Lavoie

    Réflexion :
    Si nous gagnons du temps en consomment rapidement des repas industriels
    mais qu’on diminue de cette façon notre espérance de vie,
    quel gain y-a-t-il ?

    1. Christine Lemaire

      C’est une bonne question! D’autant plus qu’il faut « ajouter de la vie aux années », ce que ne permet pas la nourriture industrielle!

  2. Lise Durocher Lemaire

    Ce qui est intéressant c’est qu’on peut comparer la bouffe à la marche.
    Plus on consomme de bons aliments ,plus nos papilles gustatives en redemandent
    et ¨ca devient facile de renoncer à la malbouffe.

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