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Juin 12

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L’affairement

CC Wikipedia

C’est  aujourd’hui la fête de saint Guy, un obscur martyr du IIIe siècle, que nous aurions oublié depuis longtemps s’il n’y avait pas eu de danse portant son nom. Saint Guy est le patron des épileptiques et la danse de Saint-Guy, l’appellation populaire d’une maladie nerveuse grave, la chorée de Sydenham. Au Moyen Âge, elle menait au bûcher ceux qui en étaient atteints, puisqu’on les considérait comme possédés du démon.

C’est un jour parfait pour vous parler de l’affairement. Quel est le rapport? Eh bien, on dit qu’un malade atteint de la danse de Saint-Guy est pris d’une agitation soudaine et incontrôlée qui se poursuit jusqu’à ce qu’il s’écroule d’épuisement. Ça vous dit quelque chose?

Qu’est-ce qui distingue une journée bien remplie d’une journée où l’on se sent livré à l’affairement?

Un sentiment de panique vous submerge-t-il lorsque le crochet apposé à côté d’une tâche en fait surgir dix autres? Vous arrive-t-il de ressentir une tension si énorme que seule la poursuite acharnée de la prochaine étape semble pouvoir procurer un quelconque répit? Le seul fait de vous arrêter provoque-t-il un malaise plus grand que celui de continuer à courir?

L’affairement ne pourrait-il pas être considéré comme la maladie nerveuse de notre rapport au temps?

L’affairement est un dérapage qui nous fait vivre nos journées comme un sprint soutenu jusqu’au soir. Le temps est alors totalement accaparé par la fameuse liste de choses à faire, nous tenant loin de toute activité de l’être: attention au moment présent, respiration consciente, méditation, contemplation de la nature, écoute, expression artistique, lecture. Les activités du  quotidien nous agressent alors, comme autant de bâtons dans nos roues emballées.

Sarah Ban Breathnack a écrit: « ce n’est pas tant ce que nous avons effectivement à faire dans une semaine qui nous tue, mais le fait de penser à tout ce que nous avons à faire.»*

Je me sens en état d’affairement, quand je me prends à penser exclusivement à ce qui viendra après ce que je suis en train de faire. C’est la preuve que j’ai perdu tout contact avec mon corps, mes sensations, l’instant présent. Je ne suis alors que dans ma tête où tout va très vite.

Heureusement, je prends conscience beaucoup plus rapidement qu’avant de ces moments où  je glisse dans l’affairement et j’ai développé quelques réflexes pour me freiner. Au premier signe d’impatience, je me force à ralentir, exagérément. Je respire alors à pleins poumons. Cela a comme conséquence de me réintégrer dans le présent.

J’ai aussi appris qu’une marche rapide me faisait le plus grand bien. Comme si mon corps rattrapait ainsi mon esprit à la course et le ramenait à un rythme plus calme.

On dit qu’au Moyen Âge, les maladies nerveuses avaient tendance à se manifester autour de la Saint-Guy. Afin de prévenir ces épisodes frénétiques, on dansait dans les églises dans le but de faire baisser la pression.

Le remède est le même, le temps est ailleurs.

 

 

* BAN BREATHNACH, Sarah. L’abondance dans la simplicité ; la gratitude au fil des jours. Montréal, Ed. du Roseau, 1999 (1995), p. 421.

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