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Oct 02

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Le Quadrant 3 ou la Déception

CC lamariola.blogspot.com

Ce n’est pas moi qui le dit, mais Stephen Covey lui-même : le quadrant 3 de la matrice d’Eisenhower – urgent mais non important – est celui de la déception*.

L’auteur décrit ces activités comme les fantômes de celles du quadrant 1, importantes et urgentes. Ne reste plus, dans le quadrant 3, que l’urgence dont le bruit donne l’illusion de l’importance.

Par exemple : les interruptions téléphoniques, le courriel qui demande une réponse immédiate, le collègue qui s’installe dans notre bureau pour parler de ses problèmes. Un dénominateur commun : si importance il y a, elle l’est pour les autres et pas pour nous.

Pour Covey, il faut viser l’élimination complète de cette case de la matrice. Elle est, de fait, une source inépuisable de temps.

Cette belle rationalité et ce bon sens très pragmatique impressionnent au premier abord. Mais si la chose est rationnelle est-elle réaliste pour autant?

Vous êtes travailleur autonome. Un client vous appelle pour un projet qu’il juge de la plus haute importance. À vos yeux, il n’y a pourtant pas de quoi fouetter un chat. Le lui direz-vous?  Votre patronne vous convoque dare-dare dans son bureau alors que vous travaillez sur un projet qu’elle-même vous a demandé de réaliser. Lui expliquerez-vous calmement que vous êtes en pleine activité du quadrant 2 et que vous la rencontrerez plus tard?

Covey insiste sur le pouvoir de leadership que l’on peut exercer afin d’éliminer à long terme toutes ces activités. Pourtant, dans certains lieux de travail, l’état d’urgence est perpétuel. Dans ces cas-là, notre marge de manoeuvre, si elle existe, est très restreinte. Vous aurez beau exercer votre leadership, une culture d’entreprise ne se change pas du jour au lendemain.

Et en attendant, il faut sauver sa peau.

Personnellement, je me suis déjà épuisée à prétendre que j’avais le pouvoir de changer certaines choses alors que je ne faisais que me battre contre des moulins à vent.  Je me dis aujourd’hui que la lucidité est une conseillère bien plus précieuse que la rationalité d’une méthode, aussi utile soit-elle par ailleurs.

Dans le temps écosystème, nous faisons référence au climat. Or, bien peu d’individus ont le pouvoir de le changer. Si, dans notre vie professionnelle, le climat est à l’urgence, nous aurons beau nous en désoler, il faudra toujours faire avec. Notre énergie, surtout si elle est limitée, sera mieux employée à nous ajuster et à nous protéger, qu’à résister. Même si cela n’exclue pas la possibilité de travailler à le changer.

J’ai maintes fois réalisé, dans ma vie professionnelle, que je n’avais pas beaucoup de contrôle sur les urgences imposées par les autres, qu’elles soient réelles ou pas, justifiées ou pas. Bien sûr, je pouvais décider de ne pas répondre immédiatement à un courriel, mais la limite de mon pouvoir venait assez vite. Mieux valait, alors, en tenir compte, au lieu de prétendre vouloir l’éliminer.

Le quadrant 3 est bien réel et très souvent irrépressible.

L’accepter le rend moins décevant.

 

 

* COVEY, Stephen et al. First thing first, New York, Simon and Schuster, 1994, p. 38

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(2 commentaires)

  1. Monique Hamelin

    Il y a une grande sagesse à ne pas lutter contre quelque chose sur laquelle nous n’avons aucune prise. Par ailleurs, rien ne sert de baisser les bras avant de commencer.

    Je me souviens d’une anecdote racontée par un grand mandarin de l’État québécois. Il rappelait l’énergie dépensée inutilement justement parce qu’un ministre voulait absolument présenté un dossier au prochain conseil des ministres alors que tout le monde savait pertinemment qu’en l’état du dossier, la chose allait être impossible. Il importe alors de rappeler les impacts de devoir consacrer tout ce temps à l’urgence irréalisable ou même non importante. Quelquefois, je dis bien quelquefois, nous pouvons faire reculer l’urgence ou alors, nous avons la satisfaction d’avoir dressé la table des conséquences.

    1. Christine Lemaire

      Cela s’appelle: choisir ses batailles!

      Christine

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