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Nov 13

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Deviens ce que tu es

CC soil-net.com

Mon amie Françoise me dit souvent qu’elle lit pour trouver une phrase ou un mot qui lui fera faire un bout de chemin.

J’ai cette impression en fermant le beau roman de Frédéric Lenoir intitulé L’âme du monde*. Huit sages s’entendent pour transmettre à deux enfants sept grands principes à respecter en cette vie « pour la réussir, dans le sens le plus profond du terme » (p. 51). Et l’un d’eux est ceci : Deviens ce que tu es.

L’invitation est courte mais immense. Et elle est intimement liée au temps… En deux mouvements.

D’abord elle nous invite à « devenir », ce qui, dans le continuum temporel, nous pousse vers l’avant, vers demain, vers un lieu très intime mais installé dans le futur. C’est l’idée de se fixer des buts, d’atteindre le « meilleur de soi »** dans un esprit de transcendance.

Mais qui suis-je? Me demanderez-vous avec un brin d’anxiété dans la voix. Le savons-nous jamais vraiment? Sommes-nous jamais absolument certains de marcher dans la bonne direction, vers ce « je suis »?

Et c’est là que l’injonction nous ramène énergiquement vers le temps présent. Ici et maintenant, deviens ce que tu es est en bonne voie d’être réalisé puisque cela existe déjà.

En d’autres mots : « Deviens ce que tu es…  » Et, oserai-je ajouter : « Ne t’inquiète pas parce que tu es déjà ce que tu es. » Dans À contretemps je parle de cette vérité lumineuse en affirmant: « Je suis déjà cela »*** — un essentiel à dégager du foisonnement des possibles.

C’est la découverte la plus apaisante que j’ai fait sur le temps. On nous dit : fixez-vous des objectifs, déterminez le lieu de votre action, vos valeurs, votre mission. Tout cela peut nous mener à nous prendre la tête entre les mains : comment faire pour devenir cette personne « idéale », que nous voudrions de toutes nos forces devenir?

Clarissa Pincolas Estès**** nous rassure: la graine est déjà l’arbre. Le jardin semé est déjà le jardin épanoui, l’œuvre réalisée est déjà présente dans la fulgurance de la première intuition.

N’est-ce pas merveilleux? Cela veut dire que, ici et maintenant, pour la simple raison que nous voulons devenir – répondre à un appel, une « vocation » — nous sommes déjà ce que nous deviendrons.

Le temps écosystème nous aide tous les jours à vivre cette idée-là. La beauté de notre jardin temporel est la même au printemps de la vie, dans son été lumineux, dans son automne épanoui. Même sous les neiges hivernales, l’être humain est encore ce qu’il est : une histoire, un maillon, un morceau de mosaïque, une vie.

Tout cela est digne du plus grand respect et de la plus extrême bienveillance.

Deviens ce que tu es. Mais il ne sert à rien de courir : demain ne sera pas différent d’aujourd’hui en essence, puisque le devenir est en soi, déjà réalisé.

Alors, profitons du chemin!

 

 

*      Frédéric LENOIR, L’Âme du monde, Paris, 2012, NiL, 202 p.

**    Guy CORNEAU, Le meilleur de soi, Éditions de l’Homme, 2007, 329 p.

***   À contretemps. Gérer moins, vivre mieux. Montréal, Fides, 2011, p. 209 et ss.

**** Clarissa Pinkolas ESTÈS. Femmes qui courent avec les loups. Histoires et mythes de l’archétype de la Femme Sauvage, Paris, Grasset, 1996 (1995), 487 p.

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(7 commentaires)

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  1. Françoise Beaudet

    Contente que tu aies trouvé une phrase dans ce beau livre.
    et toute une phrase!

  2. Sophie Tremblay

    Merci pour cette page inspirante! J’aime beaucoup la manière dont vous déployez le verbe être en rapport avec le temps. Et vous me rappelez un beau passage de « Citadelle » d’Antoine de St-Exupéry, que je me permets de citer. C’est le père qui parle à son fils:

    « L’arbre n’est point semence, puis tige, puis tronc flexible, puis bois mort. Il ne faut point le diviser pour le connaître. L’arbre, c’est cette puissance qui lentement épouse le ciel. Ainsi de toi, mon petit d’homme. Dieu te fait naître, te fait grandir, te remplit successivement de désirs, de regrets, de joies et de souffrances, de colères et de pardons, puis Il te rentre en Lui. Cependant, tu n’es ni cet écolier, ni cet époux, ni cet enfant, ni ce vieillard. Tu es celui qui s’accomplit. et si tu sais te découvrir branche balancée, bien accrochée à l’olivier, tu goûteras dans tes mouvements l’éternité. Et tout autour de toi se fera éternel. Éternelle la fontaine qui chante et a su abreuver tes pères, éternelle la lumière des yeux quand te sourira la bien-aimée, éternelle la fraîcheur des nuits. Le temps n’est plus un sablier qui use son sable, mais un moissonneur qui noue sa gerbe. »

    1. Christine

      C’est vraiment un beau texte, merci!

  3. Durocher, Jeannine

    C’est BEAU ce que tu as écrit Christine,et le commentaire de Sophie est très pertinent.

    L’arbre ! Quel beau symbole ! Devenir ce que tu es est grand mais combien exigeant aussi. Cela me ramène au film que j’ai vu dimanche de Bernard Emond TOUT CE QUE TU POSSÈDES . Un cas de fidélité à sa conscience . J’ai parfois l’impression que cette valeur est souvent galvaudée chez l’homme d’aujourd’hui. Heureusement , se trouvent des gens bien pensants qui cutivent racines et feuillage émanant de la graine. D’où l’importance de la bien choisir et ensuite d’y être bien fidèle.

  4. Lise Durocher

    Je ne trouve rien d’autre à dire que c’est un très beau texte, qui m’émeut ,
    qui me rassure.parce que je suis rendue à vivre mon automne épanoui.
    Donc il faut que je me pratique à m’aimer plus.

  5. Monique Hamelin

    «Deviens ce que tu es.» – N’est-ce pas un peu comme quand on dit: «On vieillit comme on a vécu.»

    En vieillissant, nous ne sommes pas différents de ce que nous avons été.

    1. Christine

      Oui, et non. Je ne sais pas si c’est moi, mais je trouve le « on vieillit comme on a vécu » plus propice à la culpabilité. Alors que « deviens ce que tu es » parle de cette parcelle divine, en chacun de nous…

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