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Sep 17

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Un jardin pour la postmodernité

Éditions Fides, 2013

Éditions Fides, 2013

Lors d’une réunion de parents, la conseillère en orientation de l’école de mon fils affirmait que l’idée de carrière suscite chez les jeunes un certain malaise : « Ce domaine m’intéresse… Mais faire ça toute ma vie??? »

Évidemment, c’est le propre de la jeunesse d’avoir à l’égard de l’avenir un sentiment d’éternité.  Mais les jeunes d’aujourd’hui n’appartiennent plus à la même ère que nous : ils sont postmodernes. Ils vont vite, ils vivent dans l’immédiateté et le multitâches. Leur vision à long terme est irrémédiablement brouillée. Ces jeunes sont constamment dans le présent, capables de parler à leurs amis à toute heure du jour et de la nuit, en mesure de trouver toutes les réponses à leurs questions au simple toucher d’un écran tactile.

Dans la modernité classique, les individus pouvaient appréhender leur vie comme un projet dont ils avaient la responsabilité et qu’ils pouvaient orienter, planifier, organiser et contrôler. On nous demandait: « Où serez-vous dans quinze ans? », « Que voudriez-vous que l’on dise de vous à vos funérailles? » Ou bien : « Serez-vous satisfaits de cela sur votre lit de mort? » Pour les gens de ma génération, la vie peut être envisagée comme un tout, une histoire cohérente contenant plusieurs chapitres menant tous vers la même fin : une « vie bien remplie », une existence qui « fait une différence ».

Dans la postmodernité, la vie n’est plus un projet global, mais bien une série de projets plus ou moins liés les uns aux autres. Les actions sont plus spontanées et ne durent pas toute la vie : on se marie plus d’une fois, on change d’emploi souvent, on change d’allégeance politique et on peut s’impliquer ponctuellement pour défendre une idée, sans qu’il s’agisse d’une « cause » à laquelle on aura consacré toute son existence: on n’a qu’à penser aux gaz de schiste, au débat actuel sur la charte ou au printemps érable.

On « planifie dans l’immédiat », ce qui revient à dire que chaque personne aménage son temps à mesure qu’il se présente. Le marathonien qui fixe la ligne d’arrivée devient un « joueur », puisqu’il invente la partie à mesure qu’il la joue. Les images qui nous inspirent sont donc transformées  elles aussi: celle du livre que l’on écrit chapitre par chapitre et qui ne prendra son sens définitif qu’avec le mot « fin », ne peut plus tenir. Ici et maintenant, la vie doit avoir tout son sens.

Le jardin temporel s’ajuste parfaitement bien à ce changement de perspective.  Car, la préoccupation de la jardinière temporelle n’est pas d’avoir un beau jardin à la fin de sa vie. C’est chaque jour que le jardin doit éclater de vie, resplendir de multiples couleurs et odeurs. C’est chaque jour qu’il faut y soigner la vie.

Vous voulez « jardiner votre temps »? Pour vous inspirer, j’ai un livre à vous conseiller :

La surchauffe de nos agendas. Vivre le temps autrement.

En librairie, vendredi le 20 septembre prochain!  Et c’est moi qui l’ai écrit!

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(1 commentaire)

  1. Monique Hamelin

    J’aime bien ce «Vivre le temps présent.». On peut préparer la rentrée scolaire, entrer dans l’Avent, le carême, rédiger son prochain bouquin, ce sont des temps de préparation qu’il faut vivre pleinement comme la fête elle-même. Je me souviens d’une enseignante de mes enfants qui leur a appris cela. Je lui en suis encore reconnaissante.

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