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Déc 17

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« Le paradis à la fin de vos jours! »

CC bertrandelporte

CC bertrandelporte

Qui penserait, encore aujourd’hui, faire un tel souhait?  Voilà une affirmation avec laquelle même les théologiennes et théologiens modernes ne sont plus en accord! Et pour cause : souhaiter le paradis seulement à la fin de nos jours, n’est-ce pas  suggérer que nous ne pouvons pas  travailler à le faire advenir ici et maintenant? Ou, pis encore, que le bonheur « ici-bas » est chose impossible; qu’il faille « prendre son mal en patience »?

Aujourd’hui, nous préférons évoquer une éternité qui se cache dans chaque seconde de notre vie. Le paradis se débusque dans chaque battement de nos cœurs, dans chaque oui à la vie, dans notre relation avec la nature, les autres et l’Âme du monde. Ainsi, la « récompense » s’offre dans l’instant.

Le bon côté de ce changement de paradigme, c’est que plus personne ne croit qu’il faille endurer le malheur au nom d’une fin des jours paradisiaque. Nous avons la responsabilité, ici et maintenant, de rendre notre environnement plus sain, nos relations sociales plus justes, nos richesses mieux réparties. Aujourd’hui, nous sommes plus pragmatiques.

Mais alors, pourquoi ne sommes-nous pas en train de le construire, ce monde meilleur, si nous savons que l’autre pourrait même ne pas exister?

C’est qu’il y a aussi un effet pervers à cette pensée de l’ici et maintenant : le « court-termisme »*. Hartmut Rosa explique que, « de manière surprenante », le sentiment du manque de temps s’impose toujours pour les activités très valables mais exigeant du temps, alors que ce n’est jamais le cas pour les activités peu valables mais à court terme, auxquelles nous passons finalement beaucoup plus de temps**.

Ainsi, notre volonté d’améliorer le monde se trouve-t-elle noyée dans une tonne d’autres activités telles que faire les courses, écouter la télé ou lire nos courriels. Pourquoi? Parce que nos horizons de planification se sont incroyablement rétrécis. Et que notre engouement pour les échéances nous amène à privilégier les actions qui donnent un résultat concret et immédiat au détriment de celles qui demandent du temps, des mois, des années.

Notre enfermement dans la gestion du temps compté nous empêche de voir à long terme, de nous intégrer dans une vision du temps plus large, qui nous inclut dans la grande chaîne humaine : le temps maillon.  Ce temps-là porte les grandes œuvres et les transformations profondes. Il porte ce qui nous dépasse et auquel, pourtant, nous participons.

Si notre travail sur un paradis à faire advenir commence ici et maintenant, nous devons savoir aussi qu’il se poursuivra bien au-delà de la fin de nos jours.

Voici, en guise de conclusion, le souhait d’un papa : « Moi, je suis en informatique et c’est l’instantanéité des transactions. Si tu es capable de le faire en un huitième de seconde au lieu d’un quart de seconde, bien c’est mieux. Les choses qui prennent quatre-vingts ans à bâtir, j’espère passer ça à ma fille. »

C’est la grâce que je nous souhaite. Joyeuses fêtes!

 

 

* Selon l’expression de Jean-Louis Servan-Schreiber, Trop vite! Pourquoi nous sommes prisonniers du court terme, Albin Michel, 2010.

** Hartmut Rosa, Accélération. Une critique sociale du temps, La Découverte, 2010, p. 174.

*** Cité dans Myriam Jézéquiel et Françoise-Romaine Ouellette. Les transmissions familiales aujourd’hui. De quoi vont hériter nos enfants?, Fides, 2013, p. 200.

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(4 commentaires)

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  1. Claire

    Chère Christine,

    Ah! Le paradis! Je le vois dans chaque petit geste qui nous rend tous si heureux. Il se trouve plutôt si près de nous et non plus loin, à la fin de nos jours.

    Le paradis, c’est lorsqu’on est si heureux de vivre avec la personne qu’on aime, quand nous passons du bon temps en famille à partager des moments inoubliables, lorsque nous savourons un bon repas et que le rire est au rendez-vous, que nous voyons les yeux pétillants des personnes à qui nous prenons le temps de parler, de leur adresser un mot d’appréciation ou de remerciement.

    Le paradis, c’est de faire le bien autour de soi, d’entourer les autres d’amour, de partager, de penser à autrui, de supporter ceux qui vivent des moments difficiles.

    Le paradis, c’est de reconnaître que le bonheur se trouve dans chaque petit moment de la vie.

    En répandant l’amour, vous trouverez le paradis et toute sa paix. Ce que je vous souhaite tous en ce temps de retrouvailles et de réjouissance.

    1. Christine

      Merci, Claire, pour ce très beau témoignage! Merci de nous inspirer! Joyeuses fêtes à toi et une excellente année 2014! Merci pour tous tes commentaires de cette année: quelle richesse pour ce blogue!
      Christine

  2. durocher

    Chèr Christine,

    Je viens de lire Claire et je suis tout à fait d’accord avec elle.Le paradis cela se vit en même temps que la vie, l’action ,qu’elle soit intellectuelle ou physique. Il y a longtemps que cette notion est pour moi une conviction profonde. Sur la terre, nous sommes constamment en paradis.
    Si nous continons à nous souhaiter  » le paradis à la fin de nos jours » cela tiendrait-il de la tradition? devenue peut-être folklorique et qui n’a pas nécessairement été remis en question, pour ce qu’elle contient du passé toujours vivant dans nos mémoires. ? Peut-être aussi à cause de notre paresse intellectuelle ou encore de notre ignorance qui ne permettent pas le temps ou les capacités intelligentes donnés à réfléchir sur la signification profonde ce cette expression?
    Pour ma part, j’aime cette manière de dire même si je sais pertinemment qu’elle est probablement fausse théologiquement . Une foule d’images envahissenet mon imaginaire et .. me font du bien malgré tout.
    Je te souhaite , malgré cela ,le paradis à la fin de tes jours , celui qui se perpétuera en succédant à celui que tu as auras vécu depuis ta conception.
    Bye Bye Tante Jeannine

  3. Christine

    Si vous connaissiez ma tante Jeannine, vous sauriez qu’elle dit la vérité pure: pour elle, la vie, c’est le paradis. Elle voit le beau partout: Tout est grâce!
    Le paradis à la fin de nos jours, ça nous rappelle le froid des joues, les poignées de mains, les baisers et cette obligation qu’ont les enfants d’avoir d’embrasser tous les oncles et les tantes de la parenté. Oui, ça replonge dans le temps maillon!
    Bonne année à toi, chère tante!

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