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Avr 01

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Éteindre des feux

CC fr.wikipedia.org

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Ces deux dernières semaines, je vous ai parlé du « quadrant 2 » : important mais non-urgent. Par exemple, prendre soin de notre santé est une activité type de ce quadrant puisqu’elle réduit nos chances de tomber malade, ce qui deviendrait important et urgent. Au travail, s’occuper de prévenir un problème en acquérant des compétences pertinentes, en nous dotant de bons outils ou en en discutant avec les personnes concernées  sont des activités du quadrant 2.

Mais, de nos jours, certains climats de travail sont tellement frénétiques qu’il arrive de plus en plus fréquemment que  nous devenions incapables de prévenir ni même de bâtir quelque chose de neuf et de signifiant. Les problèmes nous tombent dessus sans discontinuer et, une fois réglés, nous n’avons pas la possibilité de faire les modifications nécessaires pour qu’ils ne se reproduisent plus.

On appelle ça « éteindre des feux ». Bien des études démontrent les conséquences néfastes d’un tel climat tant pour la santé des individus que pour la bonne gestion de l’organisation qui les emploie.

Qu’est-ce qui distingue un répartiteur du 911 d’une employée de bureau qui vole d’une urgence à l’autre?  Je crois que la réponse est dans le sens. Le répartiteur sait que sa vitesse de réponse peut sauver des vies. L’urgence, c’est son métier. Or, l’employée de bureau a une description de tâche souvent bien étrangère à l’urgence. On a donné une orientation, un sens particulier à son travail et elle se voit dans l’impossibilité de réaliser ce projet.

J’ai travaillé dans des bureaux où, me semblait-il, les patrons prenaient un malin plaisir à nous voir courir comme des poules sans tête. Ils confondaient frénésie et dynamisme. Et cette frénésie leur donnait l’impression d’avoir du pouvoir sur nous.

Ce qui est le plus difficile dans l’activité d’éteindre des feux, c’est la perte de sens. Car nous sommes des êtres en quête de sens. Nous préférons généralement l’ordre au chaos. En perdant toute espèce de contrôle sur notre environnement, nous finissons par nous dire que nous perdons notre vie à tourner en rond. Un sentiment d’impuissance se développe alors qui mine notre santé physique et psychologique.

Grâce à une vision « écosystémique » de notre temps, nous pouvons observer à quel point ces situations épuisent et déparent notre jardin temporel. Il arrive qu’il n’y ait pas d’espoir, il arrive qu’il faille renoncer au travail dont on rêve : un travail où l’on ferait une différence. Que pouvons-nous faire contre cette frénésie érigée en climat de travail? À court terme, jouer au répartiteur du 911. Et à long terme, changer d’emploi puisque cet état d’urgence perpétuel n’a plus de sens pour nous.

De plus en plus de recherches confirment que la frénésie et l’affairement sont contre-productifs. À quand un changement de culture en profondeur? Lorsque les taux de roulement et les coûts des programmes d’assurances santé atteindront des niveaux tels qu’il sera impossible de les ignorer.

Et cela est en train de se produire.

 

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(1 commentaire)

  1. Monique Hamelin

    Faut-il toujours que le balancier se promène d’un extrême à l’autre? Pourquoi faut-il que des êtres intelligents se laissent emporter par la frénésie? Est-ce que la cilture de l’instantanéité nous a conduit là? Reprendre le contrôle de notre travail ne sera pas simple, gros défis en perspective.

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