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Avr 14

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Journal d’une doctorante: De l’absorption

St-Julien-les-Villas, France

St-Julien-les-Villas, France

Ce qui me perturbe le plus depuis le début de mon aventure doctorale, c’est le fait de ne pas avoir le temps d’intégrer l’énorme quantité d’informations. D’où un sentiment d’oppression, d’envahissement. Intégrer, c’est accueillir, comprendre, digérer et, enfin, mettre en soi. C’est se laisser transformer.

Or, le mouvement actuel est trop intense, trop rapide. Le terreau est noyé, pas abreuvé.

La recherche universitaire s’est complètement laissé envahir par la pensée gestionnaire: accumulation (des publications), performance, compétition féroce. Pour ce faire, une seule avenue: le travail acharné. Me voici donc dans le même système que partout ailleurs.

Je me suis laissée prendre — aussi bien qu’une autre — dans ce système qui me tire vers la vitesse et la frénésie. J’y développe cependant une envie de vivre tout cela autrement. Ce que je réfléchis, ce que j’apprends est tellement riche que je souhaite le savourer davantage et non pas le vivre en boulimique. Je veux aller plus lentement, je veux prendre le temps. À la fin de cette année de séminaire, je me sens comme un jardin inondé.

La réflexion, c’est comme une plante, on ne peut pas tirer dessus pour qu’elle pousse plus vite. La réflexion est un processus lent.

Deux voies s’offrent cependant à moi, toute deux soutenues par des rapports au temps autres que le temps linéaire. D’abord, le choix d’une méthodologie de recherche qui s’accorde avec l’idée de la marche, de la montée par tours de spirale successifs, avec ses hésitations, ses piétinements, ses ralentissements et ses retours en arrière. Cela existe! De plus, et comme je l’ai expliqué dans À contretemps, la spirale est moins centrée sur le résultat et davantage sur la route qui nous y mène, ce qui est plus fidèle à la nature de l’apprentissage.

La deuxième voie évolue dans le temps panoramique qui privilégie la réflexion et lui permet de s’épanouir. À ce titre, j’ai découvert les vertus du mapping, un outil de réflexion, de conceptualisation et de planification extrêmement efficace. Et, comme le permet souvent ce temps qui donne sa juste place à la réflexion au lieu de se lancer tête baissée dans l’action, je sauve du temps (linéaire)! Cette semaine, j’ai pu écrire une cinquantaine de pages en quelques heures, tout simplement parce que j’ai pris le temps d’y réfléchir avant de les rédiger. En plus, c’est très agréable, puisque cela me tient davantage dans la création que dans la production.

Voilà comment je veux travailler autrement, afin de vivre le temps autrement : discerner les mouvements, les tours de spirales, voir les opportunités, dégager les pistes. Je ne lirai pas tout mais j’absorberai mieux. Je veux que mon terreau s’abreuve, je ne veux pas de noyade. Quelle est la différence? La différence c’est le souffle. C’est l’air, le vide. Un terreau noyé manque d’air. L’air permet à l’eau de pénétrer. Sans interstice de vide, sans temps de pause pour prendre la peine de déposer, c’est l’étouffement. Alors, rien de ce que je fais ne peut se déployer et s’épanouir, c’est un immense gaspillage de ressources: intellectuelles ou autres.

 

 

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(4 commentaires)

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  1. Manon Lavoie

    Christine, merci. Merci pour ces mots qui font tellement écho en moi! J’en suis exactement au même point, aux mêmes réflexions et en plein dans les spirales et mindmapping, c’est fou! Alors ton texte me fait le plus grand bien. Un souffle de sagesse qui sent bon la vie et le printemps!

  2. Lise Gauvreau

    Merci Christine de l’information sur le mapping. Je ne connaissais pas et ça semble très intéressant et pertinent pour un travail de recherche.

  3. Durocher

    Chère Christine . Amon tour d’être étourdie par la vitesse de ta réflexion même si toi, tu trouves que tu as à découvrir à ce sujet .Écrire une cinquantaine de pages en quelques heures après un fructueux  » mapping » mais c’est toute une victoire et dire que cela peut devenir tout à fait normal et sage.

    1. Christine Lemaire

      Tu as raison, on reste dans la « performance »! Même si elle est aménagée…

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