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CC CLemaire
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TITRE DE LA THÈSE DE DOCTORAT:

Travailler fort et vendre du temps : Interdisciplinarité des effets individuels et de genre du virage productiviste de la pratique du droit au Québec

Programme de Sciences humaines appliquées, UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL, septembre 2022.
Acceptée avec mention: « EXCEPTIONNELLE »

RÉSUMÉ DE LA THÈSE:

Depuis son avènement dans les années 1980, le néolibéralisme a instauré une manière spécifique d’être au monde axée sur la croissance, la concurrence et la productivité. Pour les êtres humains, les contraintes qui en découlent peuvent se résumer par l’injonction suivante : produire toujours plus avec toujours moins de ressources. Le temps est l’une d’entre elles et, sous la pression, il s’accélère et se densifie. Or, du côté des avocat·e·s qui ont participé à la recherche, une résistance se crée : celle de leur éthos professionnel. Celui-ci ne s’oppose pas à la croissance, à la rentabilité, ni aux gains financiers; il impose simplement qu’ils ne se réalisent jamais aux dépens de la qualité du service. L’éthos professionnel défend néanmoins une culture du temps basée sur un modèle de pratique désuet qui confond la qualité du service avec la quantité d’heures de travail. Chez les praticien·ne·s du droit, la norme de la semaine socialement et juridiquement acceptable de travail est établie à 50 heures ou plus, si nécessaire…

Dans un tel contexte, on voit apparaître le phénomène suivant. D’une part, sous la pression productiviste, chaque heure de la journée de travail s’intensifie afin de viser la facturation de toutes les heures travaillées. Mais, d’autre part, ces gains de productivité n’ont aucun impact sur la norme établie par l’éthos de la profession : le nombre d’heures travaillées ne diminue pas. Le processus sert donc à nourrir et renforcer les velléités de croissance du système, ce qui le rend de plus en plus malsain.

Ma thèse a permis de montrer que ce processus dit « abstrait » ne fait pas disparaitre la part des activités humaines qu’il ne parvient pas à saisir et à comptabiliser, soit la pratique du droit elle-même : les méandres de la réflexion juridique et la relation humaine avec les client·e·s. Les personnes subissent donc à la fois la matérialité de leurs activités et les exigences abstraites d’une productivité sans limites. Chez les femmes, l’éthos professionnel vient se greffer à un autre, préexistant, soit celui de la parentalité, et forme avec lui une synergie qui accentue encore les difficultés d’aménagement du temps.

Chaque jour, les praticien·ne·s sont confronté·e·s à des dilemmes et doivent faire des compromis pour arriver à fonctionner. Conséquemment, ce phénomène construit de la souffrance qui, à la longue, menace la santé physique et psychologique des individus et, paradoxalement, jusqu’à la qualité même du service juridique que l’on prétend vouloir protéger. Afin de résister autant que possible à ces pressions contradictoires, le management offre un outil qu’il considère comme tout-puissant et adaptable à toutes les circonstances de la vie : la gestion du temps. Les conclusions de ma thèse relativisent cette toute-puissance et remettent en question le rôle apparemment neutre et bienfaisant de ces méthodes.

Défaire ce nœud ne sera pas chose facile. Il faudra compter sur de bons arguments, des allié·e·s et le temps.

 

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